J’ai testé pour vous Skribi, site qui vous propose de rédiger votre autobiographie avec l’IA. Sans surprise, les textes produits sont catastrophiques. Explications.
Pour faire ce test, je me suis mise dans la peau d’une personne ayant vécu une petite enfance heureuse dans un milieu d’artistes, qui brutalement, suite à la séparation de ses parents, a rompu avec ce milieu. l’IA pose des questions. Répète souvent « ce sont des émotions complexes ». Et pour cause : un certain nombre de détails a disparu dans le texte final. Mais ce n’est pas le pire.
UNE EXPRESSION ECRITE DEPLORABLE
- Le texte ne corrige pas toutes les marques d’oralité, et commet des erreurs grossières de transcription. Exemple « Mon ami de mère m’a peint ». En 7 mots, trois erreurs : « ami de mère » pour « ami de ma mère », répétition du possessif avec « mon et « me », et absence de l’accord du participe passé « peint » au lieu de « peinte ». Cette phrase n’est pas une exception, le texte en fourmille.
- Certaines tournures ne sont pas identifiées correctement par l’IA. Exemple, il a écrit : « ce dernière quoi je cours » pour « ce derrière quoi je cours. »
- Le texte répète beaucoup les mêmes mots, mais aussi les mêmes propos. Il fait du remplissage. Exemple : « Cet esprit de bohème que j’ai conservé malgré les difficultés, m’a permis de conserver une certaine insouciance. » Le propos est répété à un paragraphe d’intervalle.
Le texte est donc un tissu de maladresses et d’incorrections et il faudrait le reprendre dans sa totalité. Le site propose que vous le fassiez vous-même mais attention : cela demande un temps considérable, et les compétences d’un biographe privé pour ordonner, mettre en avant, et formuler correctement votre témoignage. On est très loin de la promesse de facilité de ces sites. Par ailleurs, il y a encore plus grave :
LA DEFORMATION DE VOS PROPOS
Quand j’ai raconté cette histoire, j’ai présenté cette petite enfance comme un paradis perdu, et une perte dont je ne m’étais jamais remise. l’IA n’est pas de cet avis. Elle a transformé la fin de mon récit pour en faire un acte de résilience. Elle a tout bonnement inventé.
Exemples :
« Cet esprit de bohème, que j’ai conservé malgré les difficultés rencontrées, m’a permis de conserver une certaine insouciance, une certaine joie de vivre. »
« J’ai toujours gardé cet idéal de vie artistique, cette idée d’une vie à part. Et c’est cela qui m’a permis de traverser les épreuves, de conserver une certaine lumière, une certaine douceur de vivre, même dans les moments les plus difficiles. »
« C’est un héritage précieux, un trésor que je garde en moi, et qui continue de m’inspirer, de me guider, dans mes choix quotidiens, dans ma quête de vie artistique. »
Je n’ai absolument jamais prononcé ces phrases, ni dit quoi que ce soit d’approchant. l’IA ne se contente pas de transcrire très médiocrement ce que vous lui dites, elle transforme vos propos et les oriente. On mesure alors quel projet titanesque cela devient que de corriger le texte produit.
D’autres problèmes tout aussi sérieux doivent être mis en lumière (la confidentialité, les droits d’auteur, l’empreinte écologique, etc.) concernant l’usage de l’IA pour faire son autobiographie. Cela fera l’objet d’un autre article. En attendant, ne vous faites pas berner : choisissez un biographe pour vos récits de vie. Il sait vous écouter, il sait traduire vos propos de la façon la plus juste, et respectera à la lettre ce que vous voulez transmettre.
